En bref : Le nonénal, ou 2-nonénal de son nom complet, est une molécule odorante qui apparaît quand certains corps gras de la peau s’oxydent au contact de l’air. Des chercheurs japonais l’ont décrit dans l’odeur corporelle en 2001 et ne l’ont trouvé que chez des personnes de 40 ans et plus. Son odeur évoque le gras et l’herbe. Ce n’est ni une maladie ni le signe d’un manque d’hygiène. Une toilette quotidienne, du linge propre et un logement bien aéré restent les gestes les plus utiles.
Vous avez peut-être lu ce mot sur l’étiquette d’un savon, ou remarqué que votre odeur, ou celle d’un parent, n’est plus tout à fait la même. Voici, en termes simples, ce qu’est le 2-nonénal, d’où vient son odeur, ce que les scientifiques ont réellement mesuré et ce qu’il est raisonnable de faire. Vous croiserez aussi l’orthographe « nonenal », sans accent : c’est la même molécule.
Le nonénal, sans jargon
Le 2-nonénal appartient à la famille des aldéhydes. Le préfixe « non- » renvoie à sa chaîne de neuf atomes de carbone. Ces molécules naissent quand des graisses réagissent avec l’oxygène. C’est l’oxydation, le phénomène qui fait rancir une bouteille d’huile oubliée au fond du placard.
Il n’est pas propre à l’être humain : le trans-2-nonénal donne aussi à une bière trop vieille son goût de carton, comme l’a montré une équipe de l’Université catholique de Louvain, en Belgique (Noël et al., 1999, Journal of Agricultural and Food Chemistry).
Quelle odeur a le 2-nonénal ?
Les chercheurs qui l’ont repéré dans l’odeur corporelle la décrivent comme désagréable, grasse et herbacée. Un article japonais plus récent sur le kareishu, le mot japonais pour l’odeur liée à l’âge, la compare à de vieux livres pendant la saison des pluies ou à une pommade pour cheveux à l’ancienne. Selon ses auteurs, elle viendrait surtout de la poitrine et du dos (Tatsuguchi et al., 2012, Journal of Japan Association on Odor Environment).
Rien à voir, donc, avec l’odeur vive d’une tenue de sport. C’est une odeur plus discrète, un peu rance, qui s’installe. Comme elle vient du sébum, elle imprègne les tissus qui restent des heures au contact de la peau : taies d’oreiller, cols de chemise, appui-tête du fauteuil préféré. On la remarque souvent là avant de la sentir sur la personne.
Comment il se forme sur la peau
La peau fabrique en permanence un film gras, le sébum. On y trouve notamment des acides gras oméga-7, comme l’acide palmitoléique. Les travaux publiés décrivent à peu près cet enchaînement :
- Une partie des lipides de surface réagit avec l’oxygène et forme des peroxydes lipidiques, des graisses déjà en train de s’oxyder.
- Ces peroxydes déclenchent une réaction en chaîne qui dégrade les acides gras oméga-7.
- L’un des produits de cette dégradation est le 2-nonénal. Il est volatil : il quitte la peau et se répand dans l’air, d’où l’odeur.
Dans l’étude de 2001, les acides gras oméga-7 et les peroxydes lipidiques augmentaient avec l’âge, et les personnes qui en avaient le plus dégageaient aussi davantage de 2-nonénal. Cela aiderait à comprendre pourquoi le composé n’est apparu que chez les participants plus âgés.
L’étude de 2001 qui l’a fait connaître
La publication de référence est signée Shinichiro Haze et ses collègues du groupe cosmétique japonais Shiseido : Haze et al., 2001, Journal of Investigative Dermatology 116(4), p. 520–524.
| Question | Ce que rapporte l’article |
|---|---|
| Qui l’a menée ? | Des chercheurs du centre de développement de produits de Shiseido, à Yokohama (Japon) |
| Qui a participé ? | Des personnes de 26 à 75 ans |
| Comment l’odeur a-t-elle été analysée ? | Par chromatographie en phase gazeuse et spectrométrie de masse, des techniques de laboratoire qui séparent et identifient les molécules |
| Résultat principal | Le 2-nonénal n’a été détecté que chez les participants de 40 ans et plus |
| Lipides de la peau | Oméga-7 et peroxydes lipidiques augmentaient avec l’âge, en même temps que le 2-nonénal |
| Conclusion | Le 2-nonénal pourrait jouer un rôle dans l’évolution de l’odeur corporelle avec l’âge |
Notez le conditionnel. Les auteurs proposaient une piste, sans affirmer que le nonénal était la seule cause.
Toutes les études ne le retrouvent pas
Cette prudence était justifiée. Au Monell Chemical Senses Center de Philadelphie, des chercheurs ont prélevé l’odeur du haut du dos et de l’avant-bras chez 25 adultes en bonne santé, âgés de 19 à 79 ans. Ils ont identifié de nombreux composés odorants, mais aucune de leurs méthodes n’a détecté de 2-nonénal. Plusieurs autres molécules étaient plus abondantes chez les plus âgés, dont le nonanal, un proche cousin chimique. Les auteurs se demandaient si le résultat japonais tenait en partie à l’alimentation, riche en poisson et en fruits de mer (Gallagher et al., 2008, British Journal of Dermatology).
D’autres travaux japonais vont dans le sens du lien avec l’âge. À l’université Tokai, une équipe a placé un petit dispositif de prélèvement sur la nuque : la quantité de 2-nonénal émise par la peau augmentait avec l’âge, chez les femmes comme chez les hommes (Kimura et al., 2016, Journal of Chromatography B).
En résumé, le nonénal est une piste sérieuse, mais sans doute pas toute l’explication. Sébum, sueur, bactéries de la peau, alimentation, vêtements et logement comptent tous dans l’odeur d’une personne.
Le nonénal est-il dangereux ?
Non. Ce n’est pas une maladie, mais l’un des changements de la peau avec les années. Une étude apporte même un éclairage rassurant : 41 jeunes volontaires ont évalué des échantillons d’odeur corporelle de trois tranches d’âge. Ceux du groupe le plus âgé (75 à 95 ans) ont été jugés moins intenses et moins désagréables que les autres, et c’est le seul groupe que les volontaires savaient rattacher au bon âge (Mitro et al., 2012, PLoS One). L’odeur d’une personne âgée peut donc être reconnaissable sans être plus forte.
Un changement brutal ou marqué est une autre affaire. Si votre odeur change nettement par rapport à d’habitude, ou si vous vous mettez soudain à transpirer beaucoup plus, parlez-en à votre médecin traitant ou à votre pharmacien.
Que faire contre l’odeur de nonénal ?
- Lavez-vous chaque jour à l’eau et au savon. Le savon aide à décoller et à rincer les résidus gras qui portent l’odeur.
- Soignez la nuque, l’arrière des oreilles, la poitrine et le haut du dos. La nuque concentre beaucoup de glandes sébacées et sudoripares ; c’est d’ailleurs là que l’équipe de l’université Tokai a fait ses mesures.
- Changez souvent de vêtements et préférez les fibres naturelles : coton, laine, soie.
- Changez souvent de taie d’oreiller et aérez la chambre tous les jours.
- Méfiez-vous des grandes promesses. Aucun savon ni spray ne fait disparaître le nonénal pour de bon, puisque la peau refait du sébum chaque jour. Une routine régulière compte plus que n’importe quel produit.
Pour l’ensemble des causes, lisez notre article sur l’odeur de vieillesse. Pour le linge et les tissus d’ameublement, voyez comment chasser l’odeur des vêtements et de la maison. Et si les savons à l’extrait de kaki vous intriguent, le savon au kaki est-il efficace ? fait le point sur les connaissances.
Questions fréquentes
À partir de quel âge le nonénal apparaît-il ?
Dans l’étude de 2001, le 2-nonénal n’a été détecté qu’à partir de 40 ans. Cela ne veut pas dire que tout le monde le remarque passé cet âge : les différences entre personnes sont grandes.
Peut-on sentir son propre nonénal ?
Rarement. Le nez s’habitue aux odeurs qui l’entourent en permanence. Un proche de confiance, ou une taie d’oreiller utilisée quelques nuits, est souvent un meilleur indicateur.
Le nonénal, est-ce l’odeur de transpiration ?
Non. La sueur ne sent pas mauvais tant qu’elle n’est pas dégradée par les bactéries et les levures de la peau, rappelle le Manuel MSD. Le nonénal, lui, vient de l’oxydation du sébum. Les deux peuvent coexister.
Que veut dire kareishu ?
Kareishu (加齢臭) est le mot japonais qui désigne l’odeur pouvant accompagner l’âge. Une grande partie des recherches sur le nonénal vient du Japon, tout comme une longue tradition autour du kaki, racontée dans notre article sur le kakishibu.